Rebâtir une fierté en redonnant aux Cambodgiens la possibilité d’apprendre des techniques de tissages ancestraux tout en leur assurant un salaire mensuel indépendamment de leur rendement et en les faisant travailler cinq jours et demi par semaine. Oum Sophea Pheach et son mari Patrick Gourlay ont réussi le pari fou de fonder la Golden Silk Farm . Attention on est ici dans une production totalement locale et faite à la main (rare ici où beaucoup de produits dits made in Cambodge sont issues de soie chinoise travaillée mécaniquement De la très haute qualité et beaucoup de temps  pour faire des produits uniques avec des motifs angkoriens havre de paix inattendue dans un pays encore marqué par les conditions de travail extrêmement difficiles qu’impose l’industrie textile.

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« Avec une production de cinq écharpes par mois si je souhaitais m’enrichir, jamais je ne me serais lancée dans une telle entreprise »,explique Oum Sophea Pheach. Cette femme hors du commun a passé dix ans dans les camps de réfugiés et fut la première femme à fonder un orphelinat à Battambag après la guerre pour venir en aide à la population : « Aujourd’hui mon but n’est plus de recueillir les personnes dans le besoin mais de les réinsérer dans la société en leur fournissant de quoi subvenir à leur famille. Ici, les enfants peuvent rester jouer toute la journée pendant que leur mère travaille. Certaines d’entre elles logent même sur le site ». A 17h, la journée s’achève et les tisseuses rentrent chez elles à vélo.

Aujourd’hui fort de 110 employés – la moyenne d’âge est d’environ 30 ans et 84% sont des femmes – la ferme cultive depuis 12 ans des vers d’une espèce peut commune au Cambodge. Peu commune car provenant d’Inde, importée initialement à la Cour Impériale et réservée aux hauts dignitaires car produisant une soie dorée d’une qualité supérieure.

Traitant le sol de manière entièrement naturelle sans engrais chimique, la Golden Silk Farm s’étend sur 12 hectares de terres. Pourtant le sol de la région de Siem Reap est peu cultivable car sablonneuse en grande partie : « Les muriers, dont les feuilles servent de nourriture aux vers,  sont très difficile à faire pousser dans cette région et demande une attention toute particulière », explique Patrick Gourlay. La qualité prime donc sur la quantité de soie produite dont le toucher est plus velouté que la soie blanche: « la soie dorée ne fait pas transpirer, elle se rapproche du Gor-Tex ».

Le cycle de vie du ver à soie
A sa maturité, le ver à soie se transforme en cocon pendant sept jours. Des papillons vont s’en extraire et couper le fil. Ils s’accouplent pendant un jour et les femelles vont donner 300 œufs qui resteront en incubation pendant dix jours. Trois mues de quatre jours vont ensuite se succéder, la quatrième durant treize jours. Le cycle dure environ 43 jours ce qui revient à huit à neufs cycles par an. « 70 kg de cocons donnent six kg de soie dans le meilleur des cas, confie Patrick Gourlay, c’est pour cela qu’au moment du dévidage (technique consistant à plonger les cocons dans de l’eau chaude pour en extraire un fil unique, ndlr), il ne faut surtout pas rompre le fil ». La soie ensuite décreusée (technique consistant à éliminer le grès de la soie grège en passant la soie dans de l’eau savonneuse très chaude, ndlr) est placée sur un ban de nouages où l’on va reconstituer des motifs. L’œuvre est ensuite plongée dans plusieurs bains de colorants naturels et où les zones protégées par les nouages gardent leurs couleurs dorées. Quant aux autres zones, elles sont teintes par les différents bains dans lesquelles le motif est plongé. En fin de course, on retire la protection pour obtenir le dessin final. « Le processus de fabrication d’un cadre ainsi que les différents bains dans lequel il est plongé dure environ six mois. La technique du nouage demande entre huit à neuf années de pratique. Cela implique une constance et une minutie que seules les femmes peuvent accomplir. Quant aux hommes, ils travaillent sur la plantation, à la teinture et à la menuiserie », explique Patrick Gourlay.

La teinture se fait à partir de larves d’insectes, de fruits d’Angkor, de bois de litchi et de feuilles d’indigo. Les motifs sont inspirés des temples d’Angkor : « Nous venons d’achever un motif représentant les armes Royales du Cambodge. Cela nous a pris quatre ans. Nous attachons une grande importance à transmettre ce type de symbole culturel à la nouvelle génération », confie Oum Sophea Pheach. Et d’ajouter, « nous faisons également un travail d’interprétation nouvelle du Cambodge en modifiant certains motifs de temples qui contiennent les quatre éléments fondamentaux en y enlevant du feu et y ajoutant de l’air par exemple ».

Plusieurs métiers à tissés et techniques sont utilisés au sein de la Golden Silk Farm produisant trois type de tissu : l’Ikat (mentionné plus haut, qui consiste à créer un motif par un système de nouage), le brokart – partition plus grande et à relief- qui n’est autre qu’une sculpture sur tissu et enfin le broché produisant des écharpes aux motifs géométriques avec un léger relief.

Les prix varient de 100$ à l’infini selon la commande. Toutefois et malgré l’ouverture du site au public qui assure une petite rentrée d’argent – 10$ par personne-  la Golden Silk Farm ne bénéficie d’aucune aide étrangère à l’heure actuelle.

Peu commune car provenant d’Inde, importée initialement à la Cour Impériale et réservée aux hauts dignitaires car produisant une soie dorée d’une qualité supérieure.

 

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Dominique Gaye, originaire du nord de la France et vivant actuellement à Chalon/S parcourt l'Asie du Sud-Est (Laos, Vietnam, Thaïlande, Malaisie, birmanie, cambodge) depuis 1976 avec un attachement particulier pour la Thaïlande et le Cambodge. Ses premières photos furent des diapos. Sa dernière "mission" est en terre khmère de novembre 2015 à février 2016 où il a fait plus de 35 000 photos. Ces clichés sont des scènes de tous les jours, des grains de vie, des grains de riz... Vous trouverez d'autres photos de Bourgogne, de Prague, de Vilnius En route pour le voyage...en tuktuk (dites touktouk) ou comme vous voulez

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